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Tenue d’élections palestiniennes: «La communauté internationale a un important rôle à jouer»

C’est la première fois en près de 15 ans que des dates d’élections nationales sont annoncées dans les Territoires palestiniens. Mahmoud Abbas a signé un décret fixant le scrutin législatif au 22 mai et présidentiel au 31 juillet. Après 13 ans de dispute entre les deux principales formations palestiniennes, le Fatah au pouvoir en Cisjordanie et le Hamas qui contrôle la bande de Gaza sont-ils aux portes de la réconciliation ? Faut-il croire en la perspective de ce scrutin ? Omar Shaban est politologue et directeur du groupe de réflexion PalThink basé à Gaza, il répond aux questions de RFI.

RFI : La publication d’un décret annonçant la date d’élections a été maintes fois annoncée ces dernières années, mais elle n’est jamais intervenue. Cette fois-ci, des dates sont fixées. Comment s’explique ce rapprochement entre les deux principales formations palestiniennes ?

Omar Shaban : Le contexte régional a changé. Je pense que le président Abbas veut montrer à l’administration Biden, avant qu’elle ne prenne ses fonctions la semaine prochaine, que l’Autorité palestinienne a déjà fait quelques changements. Et je pense que le Hamas réalise aussi de son côté que l’atmosphère dans la région est différente.

Certains observateurs considèrent que la réconciliation entre le Qatar et l’Arabie Saoudite rend compliqué pour le Hamas de continuer comme avant. L’Égypte, qui faisait partie des pays boycottant le Qatar, a demandé au Qatar de soutenir moins activement le Hamas. Et selon nos informations, le Qatar a conseillé au Hamas de se montrer plus conciliant. Je pense également que la Turquie ne soutient plus le Hamas de la même manière qu’avant. Il y a eu des évolutions dans les positions de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie saoudite.

La nouvelle administration américaine, elle, a envoyé des messages à l’Autorité palestinienne sur la nécessité de réformes. L’Union européenne a aussi requis de l’Autorité palestinienne de faire des changements de fond. Elle ne peut pas continuer à la soutenir financièrement, à hauteur de 300 à 400 millions d’euros par an, sans qu’il n’y ait de signe de réforme. Le contexte a aussi poussé le président Abbas à publier ce décret. Vous savez, vous ne pouvez pas continuer à ne rien faire éternellement. Il n’y a rien eu pendant 15 ans si ce n’est l’augmentation de la souffrance du peuple palestinien.

Plusieurs fois annoncées, ces élections n’ont jamais pu être organisées. Les tentatives se sont finalement toujours heurtées aux divergences profondes des deux partis. Est-ce que ce rapprochement est, cette fois-ci, sérieux ?

Le décret présidentiel qui a été publié hier rend les choses plus sérieuses. Il y a eu une sorte d’accord entre le Fatah et le Hamas après différentes série de négociations en Turquie, à Istanbul, à Doha et au Caire. Rien n’a été annoncé concernant cet accord mais les deux partis ont discuté de plusieurs sujets. Toutes les formations palestiniennes sont toutefois invitées la semaine prochaine au Caire pour discuter d’autres sujets. Il reste beaucoup de points qui peuvent empêcher les élections.

L’un d’entre eux est le programme politique de chacun. Le Hamas ne croit pas dans le processus d’Oslo (ndlr : processus de paix engagé avec Israël engagé dans les années 90 qui a conduit à la signature des accords d’Oslo en 1993). L’Autorité palestinienne a ratifié les accords d’Oslo et les élections interviennent dans le contexte de ces accords entre l’OLP et Israël.

Un autre point de discorde possible porte sur la liberté d’expression : à quel point l’Autorité palestinienne laissera le Hamas faire campagne et s’exprimer en Cisjordanie. Évidemment, la même question se pose en sens inverse à Gaza : à quel point le Hamas laissera le Fatah s’adresser aux gens. Donc ils doivent discuter et se mettre d’accord sur ces questions. S’ils trouvent un terrain d’entente sur ces questions, je pense que les deux partis avanceront dans la voie des élections car ils ont reçu des incitations à le faire.

Au-delà de la volonté réelle ou non des principaux protagonistes, la tenue d’un scrutin dans les territoires palestiniens est également tributaire d’un soutien international ?

Quand on parle de la Palestine, la communauté internationale a un important rôle à jouer. Elle doit tout d’abord faire le médiateur entre l’Autorité palestinienne et Israël pour permettre la tenue de ce scrutin. La Cisjordanie est occupée par Israël, la bande de Gaza est sous blocus israélien. Donc ces élections requièrent une approbation d’Israël. La communauté internationale est intervenue lors des élections de 1996 et 2006, et c’est la raison pour laquelle ces deux scrutins ont pu avoir lieu.

L’une des questions qui reste en suspend pour l’instant est la tenue des élections à Jérusalem. Est-ce que les Israéliens laisseront les Palestiniens qui vivent à Jérusalem voter, que ce soit physiquement ou même en ligne. La dernière fois qu’une tentative de tenir des élections a échoué, c’était en milieu d’année dernière. Et l’une des raisons de cet échec, parmi d’autres, était que les Israéliens ont refusé la tenue des élections à Jérusalem (ndlr : Israël revendique Jérusalem comme capitale unie et indivisible et a annexé la partie orientale de la ville). À cette époque, Israël avait le plein soutien de l’administration Trump. Mais l’administration Biden a une position plus modérée. Et les choses peuvent être différentes.

Évidemment, la communauté internationale doit aussi envoyer des observateurs. Elle doit également soutenir financièrement et techniquement l’organisation de ces élections. Et former les Palestiniens qui travailleront sur la campagne.

avec RFI.FR

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