Religions et spiritualité

CHEIKHAL KHALIFA ABABACAR SY, UNE OEUVRE TOUJOURS D’ACTUALITÉ

Son petit frère El Hadj Abdou Aziz Sy l’avait surnommé « Khalifatou Cheikh, wal Moukhtar ». Quoi de plus véridique ! Il était khalife de Cheikh Ahmad Tijane Chérif (rta) et du prophète Seydi Ahmad (saw). Cheikhal Khalifa Ababacar Sy a pris les rênes de la tarikha tijaniya en 1922, après le rappel à Dieu de son illustre père Seydil Hadj Malick Sy (rta).

Il est admis « qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Cheikhal Khalifa a marqué son temps comme il a marqué les esprits. Les générations qui n’ont pas connu de vue Khalifa Ababacar Sy nourrissent un amour inconditionnel pour lui, chose qui est rare mais qui relève du domaine mystique et spirituel. Ceux qui avaient des doutes sur sa capacité à diriger les âmes et la tarikhatoul haqqi à 37 ans, ont eu à mesurer la grandeur de leur erreur à la vue de ce que l’homme au bonnet carré a accompli durant son magistère à la tête de la tijaniya. De 1922 à 1957, Le maître de Bahrou Khalsoum pour qui les âmes n’avaient aucun secret, a su préserver l’œuvre de Maodo, malgré le scepticisme de départ de bon nombre de mouqadam de son père. Il a donné une formation solide aux disciples de la tijaniya à travers la création de « dahira », qui sont des regroupements d’adeptes dont le but est d’approfondir les connaissances des tijanes dans le domaine spirituel.

Sa rigueur et son charisme qui n’avaient d’égal que son dogmatisme, ont fait de lui à l’époque, le gardien de l’islam, de l’orthodoxie tijane et de l’unité de la famille de Seydil Hadj Malick Sy. Du temps de Cheikhal Khalifa Ababacar Sy, nul ne pouvait se permettre de manifester de n’importe quelle manière, un irrespect envers l’islam et la tarikha tijane. Il s’était érigé en maître défenseur de la religion, ce qui lui a valu un poème de la part du saint homme Cheikh Anta Mbacké, lorsque ce dernier a eu des différends avec le pouvoir colonial. Khalifa Ababacar Sy avait en effet pris la défense de son coreligionnaire qui par la suite, a écrit quelques vers par reconnaissance, en son endroit. Dans ce poème, on peut citer deux vers qui nous semblent encore d’actualité car ils mettent en exergue la rigueur qu’avait Cheikhal Khalifa quant à la défense et le respect de l’islam : « Rénovateur de la religion de Dieu après son délabrement, N’eût été son action, les mosquées seraient sûrement en ruine ».  Dans cette période de crise sanitaire mondiale causée par le covid – 19, tous les esprits se souviennent de Khalifa Ababacar Sy et de sa position légendaire et salvatrice, lorsque la peste avait frappé les populations de Dakar au siècle dernier. Le gouvernement colonial avait en effet confiné les populations et il était alors question pour le colonisateur de fermer les mosquées. Lorsque l’occupant évoqua le sujet de cette fermeture des lieux de prière musulman avec Serigne Babacar Sy pour s’enquérir de son avis sur la question, ce dernier, en bon gardien du temple, avait répondu qu’au contraire, la fermeture des mosquées allait tout simplement aggraver les choses. Le Sénégal a eu à connaître une grande sécheresse qui a conduit à une famine du temps de Khalifa Ababacar Sy. Les pluies se sont fait rares et le peu de récolte dont les populations auraient pu disposer, les criquets s’en étaient emparés. Une délégation s’était formée alors pour venir exposer leurs inquiétudes au saint homme. Après les avoir écouté, Serigne Babacar leur demanda s’ils savaient ce que Dieu aimait le plus; question à laquelle ils ont tous répondu par le négatif. Le saint homme poursuit alors et leur dit que leur tort à eux,  c’était de «ne pas savoir ce que Dieu voulait le plus. C’est Lui qui apporte la pluie, donne une bonne récolte et par la même occasion, chasse les criquets. Il est inutile de répéter matin et soir les attributs d’Allah (swt) comme quoi Il est Grand, Il est l’Unique car Il le sait déjà. Ce qui Lui fait plaisir, c’est qu’on glorifie les êtres qu’Il aime ». Cependant, la délégation, ne savant pas comment contenter Allah ( swt) à travers Ses élus, posa la question à Serigne Babacar sur la manière dont il fallait procéder. En bon éducateur, Cheikhal Khalifa se leva et leur demanda alors de le suivre avec une étoffe blanche ( malane); ce que fit toute l’assemblée et ils se retrouvèrent tous dans la forêt de Piir. Ils debutèrent une séance de wazifa et arrivée à la dixième perle de Diawharatul Kamâl, Serigne Babacar se leva et leur dit : « Cheikh est venu me dire que c’est lui que Dieu a et moi Serigne Babacar, c’est Cheikh Tijane que j’ai et il m’a dit qu’il allait pleuvoir ce soir sans conteste». Par ces paroles  Cheikhal Khalifa s’en alla sans finir la wazifa et laissa une partie de sa suite perplexe quant à l’attitude qu’ils se devaient d’adopter par rapport à l’oraison inachevée. Ceux qui avaient choisi de le suivre sans finir la wazifa étaient tous trempés par la pluie qui avait commencé à tomber alors qu’ils n’étaient même pas encore arrivés chez eux.

Le saint homme n’était pas porté uniquement sur le spirituel et à plusieurs reprises, a montré qu’il avait aussi son mot à dire quant à la gestion politique de son pays. Sa voix a fait la différence dans le duel qui opposa Lamine Guèye et l’ancien président Léopold Sédar Senghor. Son discret engagement politique a certainement influencé son digne héritier Seydi Cheikh Ahmed Tijane Sy Al Makhtoum. Serigne Babacar était aussi un poète doté d’un verbe si magnifique et ses oeuvres, renfermant sans aucun doute un fort degré mystique, sont difficilement déchiffrables. L’amour immense que lui témoigne les sénégalais, toutes générations confondues, rappelle celui que Khalifa Ababacar Sy nourrit pour son maître Cheikh Ahmad Tijane Chérif (rta). Ceci transparait dans chacun de ses écrits que l’on ne compte plus et qui sont tous des odes à l’amour pour Mawlana Cheikh.

Ce 25 Mars est encore une occasion pour le Sénégal, pour toute la tarikha tijane mais pour la Umma islamique toute entière de se remémorer de cet illustre personnage. Si nous nous penchons sur le legs de cet homme charismatique, droit, respectueux, d’une sagesse et d’un amour incommensurable pour l’islam et la tarikha tijane, nous devons être capables de faire un diagnostic de notre société afin de nous demander et d’être surtout capables de répondre franchement à la question de savoir si Cheikhal Khalifa est fier de son peuple ?

DESK TARIKHA TIJANE

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