Economie et agriculture

Le ladoum sénégalais, un mouton “exempté” du Sacrifice

“Ce noble parmi les ovins” a une très forte valeur marchande, pouvant aller jusqu’à 25.000 USD, et constitue, à ce titre, “une forme d’investissement”

AA/ Dakar/ Alioune Ndiaye

“Laisser mouton bêler, Tabaski (Fête du sacrifice) viendra”, une assertion populaire bien connue au Sénégal, pourtant le ladoum, ce “noble parmi les ovins” en est exempté.

Produit par le truchement d’espèces locales mixées, le ladoum est une variété “de luxe” qui n’est pas destiné à la consommation, et dont l’unique intérêt réside dans sa forte valeur marchande, pouvant aller jusqu’à l’équivalent de 25.000 USD.

« Le ladoum est une race améliorée obtenue grâce à un croisement entre l’azawad et le toubabir [espèces locales, ndlr]», explique à Anadolu Adama Diouf, éleveur de moutons depuis trente ans. « Ce qui accroche le plus chez le ladoum c’est l’élégance qu’il dégage et l’harmonie dans la forme », fait remarquer Cheikh Seck, un grand passionné des moutons de race.

Un propos que tient Seck à titre de comparaison avec le bali-bali, un autre mouton obtenu aussi par croisement « caractérisé par de trop longues oreilles, une queue presque à terre et pire encore un manque de punch criard ».  

Disséquant les caractéristiques qui rendent particulier le ladoum, Seck d’évoquer « la tête incurvée avec un chanfrein, le fanon à la gorge, la queue autour de  60 cm » sans  oublier la hauteur au garrot de l’animal « jusqu’à 1 mètre 10 chez le mâle et 1 mètre chez la femelle.»

L’aura du ladoum est aujourd’hui tel que tout autour de ce mouton peu ordinaire se développe un business très lucratif. « C’est une forme d’investissement », renseigne Adama Diouf. Avec le ladoum en effet, l’élevage ovin qui était confiné en milieu rural est fortement ancré en milieu urbain. Ici, l’activité n’est cependant pas destinée à approvisionner le marché en viande, avec la Tabaski prévu officiellement vendredi au Sénégal, mais en prestige et signes d’opulence.

Assane Gaye est un de ces gens qui espèrent faire de bonnes affaires grâce au business sur le ladoum. « J’ai obtenu un très bon mâle moyennant cinq parcelles à usage d’habitation », révèle Gaye dont l’enclos est riche de six femelles.

 Le novice dans l’élevage du ladoum n’a juste qu’à croiser les doigts attendant un retour sur investissement grâce « aux performances » de son géniteur et « la productivité de ses brebis » ; chacune pouvant mettre bas deux fois dans l’année.

 « Nicola (nom du mâle) ira à la rencontre des femelles de l’enclos qui sont aussi de race pure et bientôt je vais commencer à vendre », se réjouit à l’avance Gaye. Y’a évidemment de quoi s’enthousiasmer car un ladoum de pur sang vaut en effet des millions de francs Cfa. « Entre un et quinze millions pour les mâles [1.700 à 25.000 USD], jusqu’à deux millions [3.400 USD] pour les femelles », soutient Adama Diouf.

Menuisier métallique, Momar Mbaye a délaissé sa profession pour se consacrer exclusivement à ses moutons. « Elever des ladoums requiert beaucoup de temps et d’entretien », avise-t-il. Ce qui l’a poussé à « volontairement » arrêter le travail à l’entreprise. « L’enclos doit être propre et les moutons bien nourris et régulièrement lavés pour ne pas qu’ils tombent malades », fait-il savoir.

Un point de vue que partage Diouf qui cite « la toxicomie et le gonflement des mamelles » entre autres maladies qui affectent les ladoums.    

Aucun de ces éleveurs ne répondra par l’affirmative à la question “es tu devenu riche grâce aux ladoums ?” « Je rends grâce à Dieu. Alhamdoulilah [Dieu merci]», répondent-ils tous bien que détenant dans leurs enclos des moutons qui coûtent des millions. «A 75 millions de francs à peu près»[127.000 USD], évalue Gora Ndiaye son enclos installé a la terrasse de sa maison.

 « Un fœtus se vend à 300.000 francs Cfa (plus de 500 USD) voire plus. Tout est question de sang », fait savoir Gora Ndiaye. « Une telle transaction est cependant proscrite par l’islam », assène Mohamed Sall un éleveur qui dit ne jamais s’adonner à une telle pratique.

« C’est la portée qu’on achète. Ça peut être un mâle, une femelle, des jumeaux ou même un mort-né », explique Gora Ndiaye qui considère l’acte comme « un achat aléatoire ».

Poussant le business jusqu’à son comble, certains éleveurs vont même jusqu’à tarifier la saillie de leurs géniteurs. « Cinq kilos de maïs et 25.000 francs Cfa (50 usd environ) pour un accouplement », affirme Matar Ciss ajoutant que « le propriétaire doit s’assurer que sa femelle est en période de chaleur pour que le coup puisse réussir ».

 Une aubaine pour les propriétaires de géniteurs de pur sang mais aussi pour les petits éleveurs désireux d’améliorer la qualité de leurs enclos.

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