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Le chemin étroit vers un compromis entre Washington et Téhéran

C’était une rencontre très attendue. Mardi, Washington et Téhéran ont engagé des pourparlers indirects par l’entremise des pays signataires de l’accord international sur le nucléaire iranien (JCPOA) – l’Iran, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne – qui se sont réunis pendant près de deux heures au Grand Hôtel, à Vienne, en vue de sauver l’accord de 2015. Une étape préliminaire au cours de laquelle les deux parties ont entamé des discussions techniques. Deux groupes de travail ont ainsi été chargés de plancher sur l’allègement des sanctions américaines d’une part, et le retour de Téhéran à ses engagements nucléaires de l’autre, avant une nouvelle réunion prévue demain. « Il faudra attendre vendredi que les deux groupes techniques remettent leurs rapports afin de mieux comprendre comment se passeront les prochaines étapes », indique Abdolrasool Divsallar, codirecteur de la Regional Security Initiative au sein du Middle East Directions Programme of the Robert Schuman Centre for Advanced Studies, pour qui l’Iran comme les États-Unis « ont montré leur volonté d’agir même si aucune concession majeure n’a été faite pour le moment ».

Si la délégation américaine n’était pas à la table des négociations, Téhéran refusant tout contact direct avec cette dernière, les deux parties ont salué l’issue des premières discussions. « Nous voyons cela comme une étape constructive et certainement bienvenue », a notamment déclaré le porte-parole du département d’État américain Ned Price. « Je peux dire que dans l’ensemble, la réunion était constructive », a affirmé de son côté Abbas Araghchi, le chef de la délégation iranienne. L’envoyé spécial de Joe Biden pour la République islamique, Robert Malley, s’est tout de même rendu à Vienne pour des entretiens parallèles avec ses homologues européens, russes et chinois.

Malgré ces signaux encourageants, de nombreux obstacles persistent sur le chemin de la réactivation du JCPOA, dont l’ancien président américain Donald Trump s’était retiré unilatéralement en 2018 dans le cadre de sa campagne de « pression maximale » contre l’Iran. En représailles, Téhéran s’était affranchi d’une partie de ses engagements liés à son programme nucléaire. « Téhéran a commencé à s’éloigner de ses engagements avec de petites actions, comme le lancement de projets de recherche et de développement, et a progressivement intensifié le processus avec des actions significatives », poursuit Abdolrasool Divsallar. La République islamique a notamment réactivé ses centrifugeuses et repris l’enrichissement à 20 % de l’uranium alors que le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (AEOI), Ali-Akbar Salehi, a rapporté samedi dernier que le pays avait produit 50 kg d’uranium enrichi à 20 %.

Étape par étape

Alors que Washington souhaite que l’Iran respecte strictement ses dispositions avant de revenir dans l’accord de Vienne et souhaiterait ensuite l’élargir aux missiles balistiques iraniens, la République islamique réclame quant à elle la levée de toutes les sanctions prises à son encontre. « L’Iran peut même affirmer qu’il mérite une compensation puisque le retrait de Trump de l’accord signifiait que Téhéran n’a pas obtenu les avantages qu’il attendait », observe Michael Rubin, spécialiste de l’Iran à l’American Enterprise Institute. Le pays, déjà asphyxié par la politique de pression maximale, serait tenté de camper sur sa position. « Téhéran veut de l’argent et estime, à raison, qu’il n’a rien à perdre à être intransigeant car il est peu probable que l’administration Biden augmente les sanctions et encore moins entreprenne une action militaire contre les Iraniens », poursuit Michael Rubin.

Si les Américains privilégient une approche étape par étape afin de renverser les sanctions à l’encontre de l’Iran et faire en sorte que le pays respecte à nouveau ses engagements, l’approche iranienne semble s’y opposer. Le compromis pourrait résider dans l’adoption d’un plan général préétabli selon lequel les sanctions seraient levées automatiquement à chaque nouvelle étape du processus de négociations. La créativité diplomatique semble en tout cas nécessaire pour trouver un compromis.

La République islamique se prépare par ailleurs à l’élection présidentielle prévue en juin prochain, qui pourrait être remportée par les conservateurs, moins enclins à négocier pour le retour des États-Unis dans le JCPOA. « Les Américains devraient faire preuve de flexibilité en vue de parvenir à un compromis avec Rohani car si les conservateurs remportent l’élection présidentielle, Washington sera face à une situation plus difficile et contraignante », note Abdolrasool Divsallar.

Approche risquée

L’administration américaine semble déjà avoir ouvert la voie au compromis alors que le département d’État travaillerait en coulisses « avec des alliés pour libérer les avoirs iraniens gelés ou saisis et discute de la levée des sanctions non nucléaires telles que celles imposées à l’Iran pour terrorisme », indique Michael Rubin. Mardi, le négociateur en chef de l’Iran à Vienne a fait savoir que son pays avait refusé une offre américaine consistant à débloquer un milliard de dollars d’avoirs gelés par la Corée du Sud en échange de la réduction iranienne de l’enrichissement d’uranium à 20 %. Aux yeux de Téhéran, « tout compromis qui irait contre la position du leadership iranien, à savoir obtenir la levée de toutes les sanctions, semble impossible », insiste Ali-Akbar Salehi, pour qui Hassan Rohani « n’a pas le mandat ni le pouvoir politique pour faire un pas vers une approche risquée », alors que l’accord de Vienne était l’un des succès les plus importants de sa présidence.

Malgré un certain enthousiasme ayant découlé des premiers pourparlers indirects, rien ne garantit qu’un accord entre les deux parties sera trouvé rapidement, alors que les négociateurs iraniens pourraient avoir intérêt à prolonger le processus le plus longtemps possible, « peut-être même jusqu’à la fin du mandat de Biden », remarque Michael Rubin. « Le processus lui-même est ce qui est le plus rentable pour eux, tant que les États-Unis sont prêts à payer pour que l’Iran reste à la table des négociations », estime-t-il.

Orientdujour.com

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