Le président vénézuélien déchu Nicolas Maduro et son épouse sont arrivés lundi pour comparaître devant un tribunal de New York, deux jours après avoir été enlevés à Caracas lors d’une opération militaire ouvrant la voie au projet de Washington de contrôler le pays riche en pétrole.
Détenu depuis samedi soir à Brooklyn, dans l’un des centres de détention les plus gros des Etats-Unis, connu pour son insalubrité et sa gestion défaillante, Nicolas Maduro, 63 ans doit répondre de quatre chefs d’accusation, principalement pour des faits de trafic de drogue.
Son épouse Cilia Flores, 69 ans, répondra de trois chefs.
Des images diffusées par les médias américains ont montré le couple menotté et escorté par des agents des forces de l’ordre lourdement armés. Leur comparution est prévue à partir de midi (17H00 GMT).
Devant le tribunal de Manhattan du Southern District, où ils ont été conduits, des dizaines de journalistes ont patienté depuis l’aube pour assurer leur place dans l’enceinte judiciaire.
Quelques dizaines de partisans et opposants du président se sont massés aux abords, se faisant face.
– “merci Trump!” –
“Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, et c’est le plus beau cadeau que j’aie jamais reçu de toute ma vie”, dit Angel Montero, Vénézuélien de 36 ans, qui “tient à remercier Donald Trump”.
“Je suis là pour m’opposer aux guerres américaines (…) Ca ne rendra pas l’Amérique plus sûre, ça rendra les gens de Wall Street plus riches”, croit au contraire Sydney Loving, 31 ans, venue de Minneapolis pour protester contre la capture de l’homme qui a dirigé le Venezuela d’une main de fer pendant une décennie.
Le couple est visé par un nouvel acte d’accusation publié samedi, aux côtés de quatre autres personnes – qui n’ont pas été arrêtées – dont le ministre vénézuélien de l’Intérieur, Diosdado Cabello, considéré comme l’un des hommes les plus puissants du pays, et le fils de Nicolas Maduro.
Le leader vénézuélien était “à la tête d’un gouvernement corrompu et illégitime qui, depuis des décennies, a utilisé le pouvoir de l’Etat pour protéger et promouvoir des activités illégales, notamment le trafic de drogue. Ce trafic a enrichi et solidifié l’emprise de l’élite politique et militaire vénézuélienne”, écrit l’acte d’accusation.
Il est notamment accusé de s’être allié avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), que Washington considère comme “terroriste”, ainsi qu’à des cartels criminels pour “acheminer des tonnes de cocaïne vers les Etats-Unis”.
Sommée de se conformer aux volontés de Washington, Delcy Rodriguez, nommée dirigeante vénézuélienne par intérim à l’issue de la spectaculaire opération menée samedi par les forces spéciales américaines, a affiché sa volonté de coopérer avec les Etats-Unis dans le cadre de relations “équilibrées et respectueuses (…) fondées sur l’égalité souveraine et la non-ingérence”.
Celle qui était la vice-présidente de Nicolas Maduro montre ainsi un premier signe d’ouverture envers Donald Trump qui ne cache pas ses intentions de diriger la transition ni ses ambitions pour les immenses ressources pétrolières vénézuéliennes.
– “Cuba prêt à tomber –
Donald Trump aussi a mis en garde la présidente par intérim: “si elle ne fait pas ce qu’il faut”, elle subira un sort pire que celui réservé au président déchu.
De nombreux pays contestent la légalité de l’intervention américaine, présentée par les Etats-Unis comme une “opération de police”.
Lors d’une réunion d’urgence lundi matin du Conseil de sécurité de l’ONU, à la demande du Venezuela et relayée par la Colombie, le secrétaire général Antonio Guterres a appelé au respect de l'”indépendance politique” des Etats, dans un texte lu par une adjointe.
Certains alliés des États-Unis, dont l’Union européenne, ont exprimé leur inquiétude. A Paris, Emmanuel Macron a affirmé que la “méthode utilisée” par les Etats-Unis pour capturer Nicolas Maduro, n’était “ni soutenue ni approuvée” par la France.
Lors de l’opération, minutieusement préparée, 32 membres des services de sécurité cubains ont été tués, a précisé le gouvernement de ce pays allié de Caracas.
“Cuba est prêt à tomber”, a déclaré M. Trump à bord d’Air Force One, estimant qu’il serait difficile pour ce pays de “tenir le coup” sans les revenus issus du pétrole vénézuélien.
Le président américain a affirmé dimanche soir qu’une opération en Colombie similaire à celle menée au Venezuela lui paraissait “une bonne idée”.
Si les Etats-Unis assurent ne plus vouloir s’impliquer dans les affaires politiques d’autres pays comme en Irak ou en Afghanistan dans les années 2000, Donald Trump a clairement exprimé son intérêt pour les vastes ressources pétrolières du Venezuela, premières réserves de brut prouvées au monde.
Il a affirmé qu’il autoriserait les compagnies pétrolières américaines à exploiter l’or noir du Venezuela, qui vend son pétrole de mauvaise qualité sur le marché noir à destination notamment de la Chine.
Bien qu’aucune force américaine connue ne soit restée à l’intérieur du Venezuela, une présence navale massive, incluant un porte-avions, demeure au large des côtes.
