Economie et agriculture

L’alimentation : le principal problème de l’aviculture traditionnelle

Poulailler amélioré avec introduction de coq raceur

Poulailler amélioré avec introduction de coq raceur

Les poules diffèrent de la plupart des autres animaux domestiques par un nombre de facteurs qui rend leur nutrition délicate, ce qui fait que leur équilibre nutritionnel est facilement rompu. Par ailleurs les processus physiologiques sont rapides chez la volaille comparativement aux mammifères ; le taux de conversion des aliments est de 23 % contre 4% chez les ruminants. Cet aspect a facilité son intégration en milieu paysan surtout au niveau des couches vulnérables auxquelles elle procure ressources alimentaires (viande et œufs), revenus monétaires (vente) et assises sociales (dons et sacrifices rituels).

L’aviculture traditionnelle est caractérisée par un mode d’exploitation de type extensif avec des souches de volailles locales résistantes aux conditions difficiles (climatiques, techniques, environnementales, etc..) où l’apport d’aliments est très réduit. Libres, les poules doivent fouiller dans la nature pour trouver la majeure partie de leur alimentation, qui est constituée principalement des restes d’aliments et autres débris provenant des concessions ainsi que des éléments présents dans l’environnement, bien que des suppléments de céréales soient souvent distribués aux poules tôt le matin et tard dans l’après-midi. Le faible potentiel de production des poules, en combinaison avec les mauvaises conditions environnementales et d’alimentation expliquent les faibles rendements observés dans ce système de production.

Les systèmes d’alimentation adoptés par les producteurs dépendent de l’âge des poules. Les poussins et les plus jeunes en croissance reçoivent en priorité une complémentation par rapport aux adultes. Le supplément peut être constitué de céréales (graines et sous-produits) comme le maïs, le mil et le sorgho selon les régions et la saison. Il est cependant important de noter que ces céréales constituent aussi des aliments de base pour les populations humaines dans ces milieux. Cependant il a été clairement démontré que le sémi-confinement et la supplémentassions peuvent conduire à une meilleure performance ainsi qu’à l’amélioration de la bio-sécurité dans le système traditionnel.

Fort de ce constat, l’Etat du Sénégal à travers FNRAA le Fonds National de Recherche Agro- Alimentaire avait financé un projet de diffusion à grande échelle des techniques d’amélioration de la race locale ; avec tout le paquet  technologique : l’habitat, la prophylaxie, l’alimentation, introduction de coq raceur (bleu d’hollande)  

Les résultats de ce projet FNRAA Aviculture 2011- 2012, appuyés par  des enquêtes menées dans toutes les localités bénéficiaires, ont permit d’affirmer que :

  • le contrôle sanitaire de la maladie  de New Castle, principal ravageur de l’aviculture traditionnelle et des infections parasitaires peut être assuré de façon très satisfaisante par les aviculteurs traditionnels ;
  • L’alimentation des familles d’aviculteurs peut être enrichie de façon substantielle ;
  • Les revenus annuels peuvent être accrus de façon considérable ;
  • Les femmes exploitants des poulaillers traditionnels améliorés représentent un pourcentage non négligeable des aviculteurs ;

L’aviculture traditionnelle montre ainsi sa capacité à lutter contre la pauvreté et à contribuer à la réalisation des objectifs du millénaire : amélioration de la nutrition, création de revenus, pour les femmes en particulier.

Ces expériences nous montrent  également des limites au développement de l’aviculture à savoir :

  • On constate que la production de céréales chez les ménages qui pratique l’aviculture permet rarement de garantir à la fois leur propre sécurité alimentaire et l’alimentation des volailles. C’est aussi le cas des compléments vitaminés et des minéraux. Heureusement que des mesures efficaces sont disponibles pour palier cette difficulté ;
  • Il n’y a pas de poulailler amélioré dans les zones les plus isolés et atteindre ces derniers relève de politiques publiques volontaristes se manifestant par une diffusion à plus grande échelle ;
  • Les sujets locaux ou métissés ne sont pas pour l’instant en mesure d’affronter la concurrence nationale en matière d’approvisionnement des grands marchés urbains. Il est nécessaire de mettre au point des alternatives d’élevage présentant de meilleures performances techniques et économiques. Les bases techniques connues demandent à être adapter à la diversité des contextes et des ressources.
  • Une dynamique organisationnelle autour de la production avicole est presque absente.

       

Makhtar THIOUB Conseiller Agricole et Rural

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